• Les petites criques de la presqu'île du Cap Croisette

    Ce mois de mai 2019 est marqué par une très mauvaise météo, entre les innombrables jours de vent et les jours de pluie il n'est pas évident de trouver les bonnes conditions pour aller plonger. Il faut donc sauter sur la moindre accalmie pour pouvoir rechausser les palmes. Ce mardi soir le temps est couvert mais le vent est enfin tombé, je profite de cette opportunité pour aller explorer les fonds marins de la presqu'île du Cap Croisette tout au bout de la route des Goudes, à l’extrémité sud de la cité phocéenne.

    Juste au sud du Cap Croisette il y a l'imposante île Maïre, elle offre une vue spectaculaire car elle s'étend toute en verticalité avec de grandes falaises blanches culminant à près de 138 mètres. Cette île est intrigante, une sorte d'île mystérieuse inhabitée autour de laquelle volent des dizaines de gabians. 

    ile maïre

    L'île est séparée de la presqu'ile du Cap Croisette par une passe de 80 mètres de large et il serait tentant d'aller nager dans ce magnifique décors des calanques mais je le déconseille. Cette passe est réputée pour être traversée par de puissants courants marins et pour couronner le tout elle sert régulièrement de passage aux bateaux. Il vaut donc mieux aller plonger sur la façade nord de la presqu'île, celle qui fait face à la rade de Marseille. On y trouve de toutes petites criques abritées du vent de sud idéales pour la pratique du snorkeling. Puis il faut bien avouer que de ce côté-ci la vue n'est pas mal non plus !

    Comme l'heure avance je ne perds pas de temps et me jette à l'eau rapidement. Verdict : elle est toujours très fraiche ! Le vent froid et violent qui a balayé la Provence ces derniers jours a bien contribué à faire en sorte qu'elle ne dépasse pas 14°C ... Le vent a également eu comme effet de rendre l'eau chargée en particules, la visibilité est de ce fait assez mauvaise. Mais je remarque quand même que le printemps sous-marin bat son plein, les rochers sont couverts d'une épaisseur d'algues très dense.

    Je longe la paroi rocheuse mais je ne croise pas beaucoup d'animaux. J'inspecte méticuleusement le tapis d'algues bien touffu quand mon regard est attiré par les petites billes luisantes de valonia (valonia sp.). Ces petites perles de mer sont en fait des algues unicellulaires remplies d'eau.

    valonia

    Je dois pas mal chercher pour observer mon premier poisson, il s'agit d'un beau triptérygion rouge qui bascule en livrée de reproduction.

    triptérygion rouge

    Il y a peu de gros poissons qui se présentent à moi, juste quelques saupes et de rares sars qui fuient dès qu'ils m’aperçoivent, c'est souvent comme çà dans les zones de pêche autorisée. Par contre j'observe quelques jolies blennies en fouillant parmi les rochers, à l'image de cette blennie diabolo (Parablennius incognitus) qui veut bien prendre la pose.

    blennie diabolo

    Comme en pleine eau il n'y a pas grand chose à voir, je me concentre sur les cavités qui parsèment la côte rocheuse. C'est souvent dans les recoins obscurs et difficiles d'accès que l'on observe le plus de vie sous-marine. Et je peux le vérifier encore une fois puisque je ne tarde pas débusquer une rascasse brune (scopaena porcus) postée sous une éponge massive. Elle attend patiemment la nuit pour sortir chasser.

    rascasse brune

    Sur les roches exposées à la lumière poussent des algues à l'allure surprenante.

    Un peu plus loin je remarque un triptérygion nain (Tripterygion melanurum) posé sur les rochers. Ce poisson téméraire s'est aventuré à découvert alors qu'habituellement les membres de son espèce apprécient plutôt les anfractuosités sombres et abritées.

    triptérygion nain

    La végétation dense sert de refuge à de nombreux animaux. C'est le cas pour le cline argenté (Clinitrachus argentatus) qui sait se camoufler parfaitement dans son environnement en changeant de teinte. Il ne sort que rarement de son tapis d'algues ce qui fait qu'il est rarement observé par les plongeurs. En ce qui me concerne j'ai eu de la chance, en essayant de visiter une petite cavité rocheuse difficile d'accès, j'ai malgré moi crée un peu d'agitation parmi les algues qui m'entoure ce qui a poussé un cline argenté à se déplacer et du coup à révéler sa présence. J'ai donc pu observer pour la première fois ce drôle de poisson particulièrement discret et méconnu !

    cline argenté

    Le cline argenté est vraiment un poisson étrange, une sorte d’ornithorynque de la mer : Il a le corps d'une blennie, le museau pointu d'un triptérygion, le côté ondulant d'une mostelle et les yeux rayonnés d'un porte écuelle ! Remarquez comme sa livrée s'accorde bien avec les algues environnantes, un véritable caméléon très difficile à distinguer s'il ne bouge pas.

    cline argenté

    Dans la fameuse cavité que je cherchais à explorer j'ai repéré un autre poisson parfaitement camouflé : Une belle rascasse brune (scopaena porcus). Sûre de son art du mimétisme, elle reste complètement immobile et mon approche ne l’inquiète pas plus que çà.

    rascasse brune

    Je parviens dans un recoin de la crique où la falaise devient tortueuse, il y a beaucoup de recoins riches en coralligène à visiter.

    En procédant à une petite apnée pour passer la tête dans une fissure située vers deux mètres de profondeur, je découvre une petite galathée (Galathea squamifera) qui commence à sortir de son trou. Je sens bien que la nuit approche, les animaux commencent à sortir de leur léthargie diurne.

    galathée

    Quelques mètres plus loin une autre cavité plus large et plus profonde se présente à moi. Quelques castagnoles (chromis chromis) s'y cachent. Elles sont surprises par l'éclat de ma lampe de plongée et partent se réfugier dans les creux les plus profonds de la roche.

    castagnole

    Je remarque que le seuil de la petite grotte est tapissée de petites anémones encroutantes grises ( Epizoanthus paxii).

    anémones grises

    Pendant que je les photographie je suis surpris par l'apparition d'une magnifique crevette drimo (Gnathophyllum elegans)  ! Elle avance tranquillement devant moi comme si elle faisait son entrée sur la scène d'un défilé !

    crevette drimo

     crevette drimo

    L'avantage c'est que j'ai tout le loisir d'admirer sa magnifique robe sombre mouchetée de petit pois dorés. Cette crevette est vraiment très élégante.

    crevette drimo

    Très fière, elle estime qu'elle s'est suffisamment montrée et descend du podium en prenant son temps devant mes yeux ébahis. C'est seulement la deuxième fois que je l'observe en snorkeling, la première fois c'était en plongée de nuit à la calanque de Morgiou.

    crevette drimo

    Il commence à se faire tard et j'entame le chemin du retour. Sur le trajet je me délecte de la vision de quelques belles compositions végétales printanières.

    Cette période d'abondance pour les algues correspond aussi à celle où les crénilabres à cinq taches (symphodus roissali) confectionnent leurs nids pour attirer les femelles.

    crénilabre de roissal

    Ce fut encore une fois une belle sortie, la faune de la côte rocheuse de la presqu'île est très diversifiée et le snorkeler attentif et observateur a ici de quoi se régaler. J'espère seulement que le vent va finir par se calmer et que la mer deviendra plus transparente dans les semaines qui viennent. D'ordinaire j'apprécie vraiment la plongée au mois de mai car la mer offre à cette période de l'année une excellente visibilité sous-marine avec une eau cristalline, mais pour l'instant ce n'est malheureusement pas du tout le cas ...

    Sur ce massif rocailleux solitaire et pelé tout est calme, c'est très agréable. En cette saison, surtout en fin de journée, le site est peu fréquenté. En tout cas cette plongée m'a offert une belle parenthèse, idéale pour décompresser après une longue journée de boulot.

    Cap Croisette Marseille

    Depuis la Croisette on est bien loin de la frénésie citadine et de ses embouteillages épouvantables, c'est ici que la route s'arrête lorsqu'on cherche à progresser vers le sud, du coup on a l'impression d'être parti au bout du monde, ou presque. Même la bonne Mère marseillaise nous paraît toute petite vue d'ici !

    Noter Dame de la Garde

     

     


     

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    La presqu'île du Cap Croisette

     

    La presqu'île du Cap Croisette marque la pointe sud de la cité phocéenne, elle fait partie du parc national des Calanques. On y accède par la route menant de la Pointe Rouge au village des Goudes. Il s'agit d'un site naturel spectaculaire apprécié des promeneurs marseillais, la presqu'île forme un petit massif solitaire de roches blanches bordé par l'imposante île Maïre dont le sommet culmine à 138 mètres. L'île est séparée de la presqu'ile du Cap Croisette par une passe de 80 mètres de large et il serait tentant d'aller nager dans ce magnifique décors des calanques mais je le déconseille. Cette passe est réputée pour être traversée par de puissants courants marins et pour couronner le tout elle sert régulièrement de passage aux bateaux. Il vaut donc mieux aller plonger sur la façade nord de la presqu'île, celle qui fait face à la rade de Marseille. On y trouve de toutes petites criques abritées du vent de sud idéales pour la pratique du snorkeling. Un petit chemin creusé dans la roche permet d'accéder au Cap Croisette et à la baie des Singes où une petite plage de sable sert de mise à l'eau pour les bateaux, il est donc interdit de s'y baigner. Un restaurant, un club de plongée et l'UCPA sont installés près de cette plage.

     

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  • Commentaires

    1
    gillounet
    Mercredi 15 Mai à 11:24

    Encore une belle moisson de photos, même par temps couvert.

    Un talent pour dénicher les poissons les mieux camouflés.

    Très élégante la Dromi avec ses pates bleues et son corps de porcelaine.

    Ouawou ! Un régal tes photos !

    2
    Mercredi 15 Mai à 18:58

    Salut !

     

    Le Cap Croisette est un site qui m'a bien plu, il y a beaucoup de recoins à fouiller le long de la côte rocheuse. Je pense que j'y retournerai pour continuer l'exploration du secteur entre l'anse de la Maronaise et la pointe du Cap, je te ferai signe.

    La crevette drimo est une de mes préférées, mais pour avoir une chance de l'observer il faut plonger au crépuscule ou de nuit.

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