• Les fresques colorées des grottes du petit Mugel

    Voilà un bon moment que je n'étais plus retourné explorer les grottes sombres et les îlots de la calanque du Petit Mugel. Avec les fortes chaleurs estivales rien de tel qu'une petite cession de snorkeling pour se rafraichir, même si avec la canicule la température de la Méditerranée est bien remontée depuis quelques jours. L'eau en bord de mer est à 25°C mais c'est dans l'obscurité des cavités sous-marines que le bain est le plus revigorant car on y perd souvent quelques degrés. Une fois encore je vais vous dévoiler toute la beauté de ce qui se cache dans le noir ou dans l'obscurité partielle des recoins de cette calanque. De véritables compositions artistiques colorées aux structures souvent surprenantes que dame nature offre au regard des plongeurs attentifs et fouineurs.

    C'est à l'abri de la lumière solaire que se développent les éponges et les ascidies, ces animaux filtreurs aux formes et aux couleurs les plus surprenantes. A la lumière des lampes étanches nous explorons lentement chaque anfractuosité avec l'assurance de trouver à chaque fois un nouveau décors enchanteur. Les fresques murales naturelles se révèlent au fil de la progression du faisceau lumineux sur la paroi rocheuse.

     Ci dessous une autre composition toute aussi esthétique.

    Au milieu de cette profusion de détails il faut avoir l’œil pour remarquer cette petite araignée de mer ridée (Herbstia Condyliata) qui se tient immobile sur la roche.

    araignée ridée

    Juste au dessous je surprends une crevette nettoyeuse (Lysmata seticaudata) qui se déplace dans l'obscurité. Cette espèce de crustacé ne supporte pas la lumière, du coup la crevette part rapidement se réfugier dans un trou à l'arrivée de mon faisceau lumineux.

    crevette nettoyeuse

    Les environnements obscurs constituent un type d'habitat privilégié pour les jolies blennies à tête noire (Microlipophrys nigriceps). Certains poissons de Méditerranée n'ont rien a envier aux poissons tropicaux en terme de couleurs vives et  de motifs bariolés !

    blennie à tête noire

    Le coin est intéressant. Voilà une nouvelle ascidie solitaire fixée sur la roche, il s'agit d'une ascidie rose (ascidia mentula) dont la surface lisse est seulement ponctuée de rose rougeâtre. Les individus de cette espèce peuvent être plus ou moins colorés. Notez également la présence juste à droite de ce qui ressemble à un petit violet de roche, çà fait plaisir d'en retrouver sur les petits fonds car son exploitation intensive (il est comestible) combinée à des épisodes d'épidémies bactériennes l'ont rendu très rare.

    ascidie rose

    Près de la sortie de la grotte un gros gobie de Paganel (gobius paganellus) monte la garde.

    gobie de paganel

    Nous prenons également le temps de profiter des fonds marins en dehors des grottes.

    Même si l'eau n'est pas d'une grande transparence aujourd'hui. Gilles, mon binôme de plongée semble s'enfoncer dans le brouillard marin. C'est souvent le cas l'été, c'est l'une des raisons qui fait que je préfère plonger au printemps !

    Je repère de nombreuses blennies sur les rochers à l'image de cette blennie de Zvonimir (parablennius zvonimiri) reconnaissable aux petites taches blanches alignées sur le sommet de son dos. Cette espèce est endémique au nord de la Méditerranée. Elle a été découverte par un biologiste croate et porte le nom d'un ancien roi de Croatie !

    blennie de Zvonimir

    blennie de Zvonimir

    Ou encore de ces magnifiques blennies de Roux (parablennius rouxi). Elle aussi est endémique du nord de la Méditerranée.

    blennie de Roux

    Je repère deux spécimens très colorés qui se font face sur un rocher. Il s'agit probablement de deux mâles rivaux qui se défient.

    blennie de Roux

    Nous pouvons également observer des ascidies en dehors des grottes à l'image de ces deux minuscules clavelines bleutées de Méditerranée (clavelina dellavallei).

    claveline bleue de Méditerranée 

    Sous un rocher je surprends maintenant un magnifique serran écriture (serranus scriba).

    serran écriture

    D'ordinaire ces poissons sont assez territoriaux et font face aux plongeurs mais ce dernier préfère prendre la fuite ... Il faut dire que la calanque est fréquentée par de nombreux chasseurs sous-marins et que cette attitude lui sauvera certainement la vie !

    serran écriture

    Durant cette sortie j'ai pu observer de nombreux petits triptérygions nains (triptérygion melanurum), parfaitement identifiable à leur tête mouchetée de petits points blancs-bleutés. D'ordinaire on les rencontre surtout sur les parois des entrées des grottes mais lorsque l'obscurité s'installe il est possible d'en croiser un peu partout sur les rochers.

    triptérygion nain

    En scrutant attentivement la paroi rocheuse en quête de nudibranches je suis tombé sur un petit porte écuelle de Candolle (lepadogaster candolii) bien discret car il se fond parfaitement dans le décors. Juste au dessus de lui se trouve le bout de la queue d'une bonellie verte (bonellia viridis), un ver marin qui ne se déploie qu'à la nuit tombée.

    porte écuelle de Candolle

    Et bien sûr nous pouvons également trouver quelques immanquables triptérygions rouges (triptérygion tripteronotus) dont les mâles sont en livrée de reproduction, c'est à dire de couleur rouge avec une tête noire.

    triptérygion rouge

    triptérygion rouge

    Revoilà une claveline bleutée de Méditerranée (clavelina dellavallei), celle-ci est solitaire. Elle est reconnaissable à sa fine ligne ventrale bleue-violacée. 

    ascidie bleue de Méditerranée

    claveline bleue de méditerranée

    Il commence à faire sombre dehors. Je continue mes explorations et rentre dans une nouvelle grotte.

    Celle-ci abrite quelques éponges pierres, le mets favori des doris dalmatiens (peltodoris atromaculata). Et justement je repère entre deux bourrelés d'éponges l'un d'entre eux.

    doris dalmatien 

    Non loin de là c'est une dromie (dromia personata) que je débusque, elle est bien camouflée sous une grosse éponge noire. Comme le crépuscule avance les crustacés commencent à sortir de leurs repères.

     dromie

    dromie

    Cette grotte est elle aussi richement décorée de nombreuses éponges, c'est un véritable plaisir pour les yeux !

    Cette espèce d’enchevêtrement de filaments tubulaires jaunes est une éponge, un organisme filtreur ! Les êtres vivants de notre bonne vieille planète Terre peuvent parfois présenter un aspect des plus surprenants, semblant provenir d'un autre monde.  Ici il s'agit d'une clathrine jaune (clathrina clathrus) .

    clathrine jaune

    Autre éponge originale, voici l'éponge rouge à cratères (phorbas topsenti) dont la teinte est très contrastée.Ici il s'agit d'un petit spécimen.

    éponge rouge à cratère

    Les trous non exposés à la lumière abritent souvent de petits vers filtreurs comme le protule (protula tubularia) qui capturent des particules organiques ou du plancton à l'aide de leur panache branchial.

    protule

    Les grottes s’enchainent sur la façade rocheuse du petit Mugel. j'en visite une dernière, trois petites cigales de mer (scyllarus arctus) s'y font face. Elles aussi sont plus actives la nuit, elles sortent en quête de petits mollusques et de vers dont elles se nourrissent.

    cigale de mer

    Se sont des animaux placides et intrigants lorsqu'ils vous regardent avec leurs drôles de petits yeux ronds comme des billes, ils sont très plaisants à observer pour les plongeurs qui ont une âme de "naturaliste". Voilà en tout cas une espèce qui mériterait de faire l'objet d'une protection au même titre que leur cousine la grande cigale (scyllarides latus) qui, elle, est devenue extrêmement rare à cause de la sur-pêche et de la chasse sous-marine.

    cigales de mer

    Les cigales de mer ne sont pas seules, un autre doris dalmatien a élu domicile au milieu des éponges pierre (petrosia perciformis) de couleur blanches.

    doris dalmatien

    En quittant le tunnel sous-marin je découvre un apogon (apogon imberbis) qui nage en pleine eau, on sent bien que la nuit tombe et il est sorti de sa cachette pour chasser.

    apogon

    Au bout de la calanque se trouvent quelques îlots. Nous en faisons le tour avant de rebrousser chemin. Avec Gilles nous empruntons un étroit corridor où nous avons l'habitude d'observer des hervias (cratena pregrina), de magnifiques nudibranches très colorés. Et ils sont bien là, fidèles au poste.

    hervia

    Les hervias apprécient cet endroit car il est riche en hydraires de type eudendrium. Ces limaces de mer se nourrissent de leur polypes et n'hésitent pas à pondre directement sur leurs branches.

    hervia

    Mais je remarque avec étonnement une hervia qui déambule sur une éponge, il est rare de les observer sur ce support. Je suppose qu'elle n'est simplement que de passage et qu'elle rejoint un nouveau buisson d'eudendrium de Méditerranée.

    hervia

    Je visite une dernière cavité en effectuant une petite apnée et j'ai la surprise de tomber sur des apogons (apogon imberbis) présentant une drôle de grosse tête et une gueule bouffie. Il s'agit de mâles qui gardent leur future progéniture dans la bouche pour les protéger des prédateurs jusqu'à l'éclosion des œufs. L'incubation buccale est une technique originale !

    apogons

    Il est grand temps de rejoindre la plage après 2h30 passée dans l'eau. Il y a tant de choses à découvrir sur ce site qu'on ne s'est pas ennuyé une seconde et on n'a même pas vu la nuit tomber !

    petit Mugel by Night

     

     


     

    http://ekladata.com/pKZInWQrtNko3NvafqLPODA6V68/GPS-icon.png       La calanque du Petit Mugel

    La calanque du Petit Mugel est située sur la commune de La Ciotat près du cap du Bec de l'Aigle et en face de l'île Verte. Le Mugel est une réserve naturelle qui offre un environnement minéral remarquable constitué de poudingues, des roches sédimentaires chargées d'anciens galets que la mer érode lentement, d'où la présence de nombreuses cavités à explorer en snorkeling.

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 28 Juillet 2019 à 00:09

    Voilà une sortie de 2h30 fructueuse, j'ai eu du mal à faire le tri dans les images à vous proposer. Désolé si du coup l'affichage de l'article est un peu long !

    2
    jeandeflorette
    Lundi 29 Juillet 2019 à 16:00

    Belles photos, Laurent! Jamais trop long quand il y a tant à décrire; c'est vrai que la pleine eau est toujours un peu trouble, je ne me souviens pas qu'il en était de même l'an dernier. Toujours des découvertes à faire au Mugel.

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    3
    Lundi 29 Juillet 2019 à 19:20

    Salut !

    Merci pour ton message. Les fortes chaleurs et ensoleillement sont surement la cause de cette eau troublée, le phytoplancton doit être en plein développement.

    Sinon c'est vrai que le Petit Mugel est une valeur sûre pour observer de nouvelles espèces, à chaque plongée là bas je fais des rencontres inédites, pour moi ce coup-ci c'était les petites clavelines bleutées de Méditerranée.

    Par contre je n'ai plus revu de siphonostomes depuis un moment ...

    A bientôt !

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