• Le tombant de la calanque de Niolon

    Me voilà parti par une belle fin d'après-midi ensoleillée en direction de la Côte Bleue. Niolon est un charmant petit village niché au creux d'une calanque intimiste dont les fonds marins sont réputés pour la plongée. L'ambiance y est particulièrement paisible et agréable en semaine, par contre ses ruelles sont très exiguës et il n'est jamais évident d'y trouver une place de stationnement. Mais aujourd'hui j'ai de la chance, le parking de la petite gare ferroviaire qui borde le village est presque vide et je peux y laisser ma voiture. J'endosse mon paquetage et je descends à pied jusqu'au petit port. 

    port de Niolon

    A l'entrée du port un panneau indique qu'il est interdit de s'y baigner, cela paraît logique compte tenu du passage des bateaux. Donc pour la mise à l'eau il vaut mieux aller s'installer sur la digue rocheuse qui ferme le port et qui fait face au grand rocher de Niolon. La rive qui mène au massif rocheux est aménagée avec un quai de mise à l'eau qui appartient au centre de plongée de la FFESM et de l'UCPA. je vais le longer et me rendre sur le tombant qui se trouve dans la zone balisée par les bouées.

    Une fois dans l'eau je m'aperçois rapidement que la visibilité est assez mauvaise alors que dans le port elle me semblait plutôt transparente. Sinon la mer est toujours fraîche, elle stagne autour de 14-15°C depuis des semaines, vivement qu'elle se réchauffe ! Dès les premiers mètres parcourus je tombe sur un joli banc de petites saupes (sarpa salpa) que je distingue tant bien que mal dans la mélasse.

    saupes

    Vu que la photo en champ large est compromise par la mauvaise visibilité sous-marine je passe de suite le TG4 en mode macro. Je commence mes exploration en longeant le quai de l'UCPA et sur la paroi verticale il y a déjà de petits animaux à observer comme cette étoile de mer épineuse (Coscinasterias tenuispina).

    étoile de mer épineuse

    Un triptérygion rouge (Tripterygion tripteronotus) remarque que je m'attarde sur son territoire et il se manifeste pour me le faire savoir ! 

    triptérygion rouge

    Je remarque qu'au fil des semaines les mâles deviennent de plus en plus rouge. La période de reproduction de cette espèce bat son plein, elle s'étend d'avril à juillet !

    triptérygion rouge

    En quittant le quai mon regard est attiré par les belles couleurs d'un bouquet de dictyotes. Les thalles de cette algue fourchue présentent souvent des nuances bleutées qui contrastent avec leur environnement.

    Au niveau du tombant le coralligène se développe sérieusement et il commence à y avoir quelques anfractuosités à visiter. Je regrette juste d'avoir une mauvaise visibilité qui ne me permet pas d'avoir une vue d'ensemble, la mer est trop troublée. Je ne peux pas observer le bas de la paroi et je ne parviens pas à distinguer le fond de la calanque ... 

    Du coup je continue à me concentrer sur le substrat et c'est le nez collé à la paroi que je découvre le bout du siphon buccal d'une petite ascidie noire (phallusia fumigata) qui est en grande partie enfouie dans le substrat.

    ascidie noire

    Juste à côté un crénilabre à cinq taches (symphodus roissali) est affairé à construire son nid à partir de brins d'algues qu'il choisit méticuleusement. Je l'observe avec admiration faire de nombreux va et vient afin de trouver les matériaux nécessaires pour rendre un petit coin de roche le plus douillet possible. Il espère ainsi s'attirer les faveurs d'une femelle qui plus tard viendra déposer les œufs dans ce petit cocon aménagé avec attention.

    crénilabre à cinq tache

    Arrivé jusqu'au cap de la calanque, je surplombe une cavité entièrement immergée, il s'agit de la grotte de Niolon. Malheureusement avec une mer si peu transparente je la distingue à peine. La houle est également gênante à cet endroit, elle me précipite contre la falaise et de ce fait j'y passe finalement peu de temps. Je préfère rebrousser chemin et maintenant que je suis bien échauffé je vais passer du temps à examiner plus attentivement quelques failles que j'ai repéré vers deux mètres de profondeur. Dans l'une d'entre elle je repère une petite rascasse brune (scorpaena porcus).

    rascasse brune

     J'enchaine les petites apnées pour découvrir les recoins cachés de la falaise, des tas de petits animaux s'y cachent à l'image de cette ophiure lisse  (Ophioderma longicauda).

    ophiure lisse

    Revoilà une rascasse brune. Celle-ci est surprise de me voir, la lumière de ma lampe lui a fait peur ce qui est rare pour cette espèce dont le comportement favori consiste à rester immobile en toute circonstance. Cette rascasse préfère la fuite et elle part se réfugier dans une fissure plus profonde.

    rascasse brune

    Le temps de remonter prendre ma respiration, je redescends et la retrouve un peu plus loin posée sur le coralligène.

    rascasse brune

    Elle n'est pas toute seule à habiter à cet étage, elle est accompagnée d'une belle blennie gatorugine (Parablennius gattorugine) à la livrée plutôt claire. Elle monte la garde sur un tapis de zoanthaires jaunes.

    blennie gattorugine
    Cette falaise comporte pas mal de petites cavités joliment décorées par les éponges, les ascidies et les algues encroutantes.

     Une dentelle de Neptune (reteporella grimaldii) est visible sur le haut de la photo ci-dessous.

    Ces cavités obscures offrent également un abri bienvenue aux poissons juvéniles comme ces petites castagnoles (chromis chromis). Les jeunes individus de cette espèce portent sur leur tête des marques bleues électriques caractéristiques et très esthétiques. Les alevins sont eux presque entièrement bleus, ils gardent cette teinte une bonne dizaine de jours. Cette couleur s'estompe progressivement dans le temps et disparaît complètement à l'âge adulte.

    castagnole juvénile

    castagnole juvénile
    Je quitte maintenant la falaise pour retourner vers les murs du quai. Je retrouve un triptérygion rouge dont la livrée de reproduction est bien avancée. Il est accompagné de deux femelles plus petites et plus ternes.

    Sur le chemin du retour je m'étonne de ne pas avoir pu croiser de nudibranches car les éponges et les hydraires sont nombreux sur ce site de plongée. Et bien je n'ai pas eu le temps de m'interroger longtemps, voici que je devine deux petites taches blanches posées parmi les algues. En m'approchant je découvre que la première est une calmella (calmella cavolini) parfaitement reconnaissable à ses cérates globuleux rouges orangés.

    calmella

    La seconde est entièrement blanche, elle est posée sur un pompon d'algues. il s'agit bien d'un nudibranche, il ressemble un peu à un tritonia mais ses panaches dorsaux et sa tête paraissent différents. Cette petite limace de mer présente des panaches globuleux et transparents plutôt caractéristiques des dotos.

    doto fragaria

    Une fois à la maison j'ai tenté d'identifier précisément son espèce et après moult recherches infructueuses j'ai fini par trouver ! Son corps légèrement translucide, ses cérates globuleux laissant apparaître des cellules urticantes orangées, ses rhinopores pailletés de blanc mat aux extrémités semblent indiquer qu'il s'agit d'un doto fraisier (doto fragaria). Il est souvent absent des bases de données car cette espèce n'a été décrite qu'en 1989 !

    doto fragaria

    La biodiversité marine est d'une richesse surprenante, à chaque fois qu'on plonge on peut observer des animaux différents et originaux, c'est un plaisir sans cesse renouvelé. A nous de faire le maximum pour essayer de préserver ce trésor naturel, à commencer par limiter nos déchets plastiques et de ne pas considérer le milieu marin comme une poubelle ! Car si je prends beaucoup de plaisir à montrer de belles images de la faune et de la flore, à présenter de beaux coins de nature qui paraissent préservés, je croise malheureusement bien souvent quantité de déchets qui n'ont rien à faire là !

    En tout cas la calanque de Niolon ma paru plutôt propre, même si je n'ai pas vraiment pu admirer le fond à cause de la mauvaise visibilité, je ne doute pas que les plongeurs qui fréquentent le site s'assurent de le garder intact. De mon côté j'espère pouvoir revenir explorer le tombant dans des conditions plus propices car le peu que j'ai pu voir aujourd'hui m'a paru déjà très intéressant.

    calanque de Niolon

     

     


     

    http://ekladata.com/pKZInWQrtNko3NvafqLPODA6V68/GPS-icon.png    

    La calanque de Niolon

     

    Niolon est un charmant petit village de la Côte Bleue situé sur la commune du Rove. Il est niché au creux d'une calanque intimiste dont les fonds marins sont réputés pour la plongée. L'ambiance y est particulièrement paisible et agréable en semaine, par contre ses ruelles sont très exiguës et il n'est jamais évident d'y trouver une place de stationnement. Notez également qu'à partir du premier week-end de juin jusqu’au dernier week-end du mois d’août, l’accès à la calanque de Niolon est règlementé les week-ends et jours fériés de 8h à 18h. En ce qui concerne la découverte des fonds marins un panneau indique qu'il est interdit de se baigner dans le port, cela paraît logique compte tenu du passage des bateaux. Donc pour la mise à l'eau il vaut mieux aller s'installer sur la digue rocheuse qui ferme le port et qui fait face au grand rocher de Niolon que les plongeurs appellent "le chinois". La rive qui mène au massif rocheux est aménagée avec un quai de mise à l'eau qui appartient au centre de plongée de la FFESM et de l'UCPA.

     

     

     

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